Comment les humains préhistoriques survivaient-ils aux hivers meurtriers ?

Ce matin, vous avez eu froid huit secondes, entre votre voiture et une porte d’immeuble. Nos ancêtres, eux, passaient l’hiver entier dehors — et ce n’est presque jamais la nuit la plus glaciale de janvier qui les tuait. On suit ici un hiver complet dans le nord de l’Europe glacée : un corps de pays chaud qui referme les vaisseaux des doigts pour sauver le cœur, la « réaction de chasse » qui relâche le sang chaud par vagues, et une addition de 4 000 à 5 000 calories par jour réclamées au moment exact où il n’y a plus rien à manger. Puis l’ennemi le moins attendu : la sueur. Un vêtement mouillé ne chauffe plus, et un corps qui a eu chaud fabrique lui-même l’humidité qui le tuera trois heures plus tard. D’où une règle de survie qui contredit tous nos réflexes : ne jamais avoir chaud. Au programme aussi : l’invention qui vaut un manteau — l’aiguille à chas retrouvée en Sibérie et le fil en tendon qui gonfle et bouche lui-même sa couture ; le feu qu’on transporte en braise sur une steppe sans un seul arbre, les foyers alimentés à l’os et les huttes bâties en os de mammouth ; les pierres chaudes glissées sous les couchages. Et la partie la plus surprenante : pourquoi la graisse valait plus cher que la viande, le « mal du lapin » qui fait mourir le ventre plein, les os fracturés pour la moelle et bouillis pour récupérer le gras. Le vrai tueur arrive en mars, quand la neige fond déjà : caches vides, gibier maigre, et des lignes d’arrêt de croissance gravées dans les os et l’émail des dents. L’hiver ne se survivait pas en hiver. Il se survivait en août.