Des choses rondes, l’humanité en avait sous les yeux depuis toujours. Et pourtant, aucun véhicule à roues avant 5 500 ans. On croit que la roue attendait une idée géniale. Faux : l’idée était là depuis longtemps. Ce qui manquait, c’était tout le reste. Un essieu droit et un trou parfaitement rond, impossibles à tailler sans lames de cuivre. Du bois séché des mois, sinon la roue se fend en route. De la graisse animale dans le moyeu, sinon la charrette se bloque toute seule. Un chemin aplani et réaplani chaque printemps par tout un village. Et une bête assez forte pour tirer sans s’étrangler dans son joug. Tant qu’il manquait une seule de ces pièces, le traîneau restait plus efficace : sur l’argile mouillée, les Égyptiens déplaçaient des blocs de plusieurs tonnes en versant simplement de l’eau devant les patins. On remonte le fil : le premier disque tournant sert à monter des pots en Mésopotamie, les plus vieilles roues connues sortent d’un marais slovène, et en Mésoamérique on fabriquait des jouets à roulettes qui tournent vraiment — là où aucun chariot n’a jamais roulé, faute d’animal à atteler. Et ça ne s’arrête pas à la préhistoire : la valise à roulettes n’est brevetée qu’en 1970. L’idée arrive toujours en avance. C’est le reste qui met des siècles.